La pandémie favorise –t-elle la théorie du complot ?


Un jour, au détour d’une conversation, quelqu’un vous a-t-il déjà parlé d’un vaste complot tenu secret par les autorités ?

Il est bien possible que cette personne soit affectée par ce qu’on appelle : « La théorie du complot ».

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Qu’est-ce donc que ce mal dont certaines personnes peuvent souffrir ?

La théorie du complot, porte aussi le nom de conspirationnisme ou complotisme, c’est une manière de pensée chez un individu qui l’amène à expliquer un ou des événements, par l'action concertée et secrète d'un groupe de personnes voulant cacher la vérité au peuple.

La conspiration secrète civile, criminelle ou politique, visée par la théorie du complot, agirait généralement dans l'objectif de détenir ou conserver une forme de pouvoir (politique, économique ou religieux). source

Les facteurs cognitifs en cause :

Les spécialistes en cognition sociale identifient deux mécanismes cognitifs en cause chez les conspirationnistes. Ces fonctions de la pensée créeraient des biais cognitifs chez un individu.

Le système 1 : opère de façon intuitive et automatique.

De l’information semblant plausible, y sera assimilée rapidement sans toutefois être vérifiée.

Le système 2 : opère de façon analytique et contrôlé.
Il nous permet de trouver des explications aux faits et aux événements. Les personnes croyant à une théorie du complot sont sélectives dans leur manière de traiter l’information, elles tentent de trouver des preuves qui démontrent le complot auquel elles croient.

Chez la plupart des gens, ces systèmes agissent en collaboration, permettant de comprendre l'environnement au sein duquel ils évoluent et de prendre des décisions éclairées.

Qu'en est-il en contexte de pandémie?

La pandémie qui nous afflige accentue cette tendance chez les individus qui y sont vulnérables. Pour expliquer le fléau, les partisans de la théorie du complot parlent d’arme virologique élaborée par la Chine pour dominer le monde, de technologie 5G conçue pour nous brûler le cerveau, ou encore croient que les stratégies gouvernementales de confinements ont été mises en place pour brimer nos libertés.

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L’imagination des personnes qui en souffrent trouve un terrain fertile en ces temps de covid-19. Le confinement contribuant à aggraver l’état de peur déjà omniprésent chez de tels individus.

Vous côtoyez peut-être quelqu’un qui s’est laissé influencer par des mouvements conspirationnistes ?

Il y aurait de plus en plus de gens touchés. Plusieurs facteurs y contribueraient ; le manque de repères au niveau des valeurs, des réseaux sociaux remplis de faussetés, en plus d’une vulnérabilité personnelle.

Un phénomène qui serait en hausse selon les experts.

Lors d’une enquête effectuée aux États-Unis (2001 – 2003) sur la santé mentale des Américains, David Freeman (université d'Oxford) et Richard Bentall (université de Liverpool) ont demandé à 5 692 personnes de répondre à l’énoncé suivant :

"Je suis convaincu(e) qu'il existe un complot derrière de nombreuses choses dans le monde."

Plus du quart (26,7 %) ont dit être en accord avec cette affirmation.
Chez nous, ce serait près de 46 % de Canadiens qui adhéreraient à la théorie du complot concernant la présente la pandémie.

  • Université Carleton - Ottawa

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Certains affirment qu’il faut se préoccuper de ce phénomène alarmant et grandissant.

Plusieurs dénoncent de plus en plus publiquement les conspirationnistes, convaincus que les conséquences peuvent être importantes pour nos sociétés et citant en exemple, les adeptes des anti-vaccins.
On s’inquiète également de voir augmenter le nombre de personnalités publiques contribuer, grâce à leur popularité, à l’augmentation de ces fausses croyances sans aucun fondement scientifique.

Mais qui sont donc ces individus qui croient au complot en toute situation et pourquoi pensent-elle que les autorités nous mentent ou nous cache la vérité ?

La grande majorité de ses personnes sont mentalement saines au premier abord...
Les psychiatres indiquent qu’elles font toutefois preuve d’un le raisonnement délirant, les amenant à faire une fausse évaluation de la réalité, à laquelle elles s'accrochent obsessivement par la suite.
Cela serait entretenu également par un certaine rigidité mentale.
Des auteurs voient des ressemblances avec les symptômes paranoïaques sans toutefois pouvoir affirmer que le Complotisme est une forme de paranoïa. source

Les émotions seraient aussi en cause__

Des études démontrent que l'intensité émotionnelle associée à des événements sociaux angoissants provoquant de la peur et de l’incertitude, augmente les croyances aux théories du complot.

La plupart des études menées à ce sujet ont tendance à mettre en évidence des relations entre les théories du complot et les émotions négatives telles que l'anxiété, le manque de contrôle et l'incertitude.

  • Whitson, Galinsky et Kay

Psychologiquement, ce « décrochement » de la pensée se manifestent par de la persécution, de la paranoïa et du délire. Le contexte de pandémie n’a fait qu’amplifier la prévalence du phénomène.
Une personne qui vit une période difficile, aggravée par l’arrivée du virus, pourra se raccrocher de manière excessive à ces théories du complot. Cela devient une obsession, passant des heures sur internet à se convaincre et tenter de convaincre les autres de la conspiration mondiale.

« Simplement croire que c’est un accident ne suffit pas. Une des choses que je constate, c’est ce que ces théories offrent une forme d’ordre dans un contexte chaotique. »

  • Edwin Hodge (sociologue de l’Université de Victoria)

Un peu comme une secte !

Une chercheuse en psychologie sociale (Karen Douglas -Université du Kent au Royaume-Uni) mentionne que ces croyances conspirationnistes peuvent amener les gens à s’isoler des médias grand public et former des communautés fermées d’adeptes de la conspiration, renforçant entre eux leur vision du monde.

La recherche en psychologie suggère que les gens se tournent vers les théories du complot pour satisfaire des besoins psychologiques inassouvis, comme le besoin de connaissances, de certitude, de contrôle, d’autonomie et d’estime de soi.
Karen Douglas, chercheuse en psychologie sociale, Université du Kent

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Comment réagir face à ces personnes ?

L’obsession de toujours vouloir en parler et convaincre rend le dialogue presque impossible.

C’est au niveau émotionnel que ça arrive, ce n’est pas au niveau logique. [...] C’est deux niveaux complètement différents.

  • Mike Kropveld, directeur général d’Info-Secte

M. Kropveld recommande d’éviter les confrontations car la personne va vous percevoir comme quelqu’un qui est contre elle et risque d’être sur la défensive et de se braquer. Il suggère plutôt de tenter de comprendre comment la personne voit le monde, sans la ridiculiser, afin de garder le contact et de préserver le lien de confiance. Il faudrait plutôt essayer de créer un doute chez la personne, une petite brèche l’incitant à se remettre en question.

Il a constaté que c’est fréquemment lors d’un changement au niveau émotionnel que les adeptes de la théorie du complot peuvent prendre conscience que leurs croyances ne tiennent pas la route !

Prenons soin de notre monde !


Sources consultées :


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